lundi 7 octobre 2013

Ego, narcissisme, estime de soi, amour propre : quelles différences ?

Un email m'a posé une question intéressante sur les différences entre ces différents concepts. Car oui, il existe des différences même si parfois elles sont ténues.

Ainsi l'égo est difficile à cerner car ce terme en tant que tel n'existe pas à la base dans les concepts en psychanalyse ni en psychologie, il y arrive tardivement. C'est trop vague. La notion d'égo fait surtout référence à la spiritualité ou à la philosophie. Il s'agirait de la conscience que l'on a de nous même. Ce n'est pas soi, car la conscience n'est qu'une petite partie de nous. Car oui, vous avez bien lu on parle de conscience, l'égo exclu l'inconscient et les censures et tout ce qui se passe à la frontière entre l'inconscient et le conscient.

L'égo c'est ce qui se passe en vous dont vous êtes conscient ("vos pensées") et c'est aussi ce que vous avez conscience d'être ("ce que je pense être") psychiquement s'entend. Cette vision est fortement censurée et peut être déformée car l''égo est une entité psychique construite à partir de représentations mentales et de dysfonctionnements divers.

Attention l'égo n'est pas le "je", l'égo est plus proche de la notion de "soi" ("self"). Ce qui ne vous aide pas.

La notion d'égo subit donc énormément d'influences à la fois du monde interne et du monde externe. La perception du monde externe étant elle-même déformée à la lumière de notre égo.

L'égo c'est ce que vous croyez voir lorsque vous vous regardez dans votre miroir intérieur. Et l'influence du monde extérieur, fait qu'il est sans cesse en confrontation mais aussi en comparaison avec les autres. L'égo fluctue donc sans cesse en fonction de ce que vous "recevez" et des "forces" (narcissisme et estime de soi) qui sont en vous.



Le narcissisme est un terme freudien dans toute sa splendeur. C'est l'amour de soi.
Comme Narcisse qui se mirant dans l'eau et tombe amoureux de son reflet, le narcissique s'aime lui. Freud en fait le point d'orgue sur ses théories sur l'homosexualité.

Le narcissisme est présent dès le début de la vie, car il est le centre du monde.  Pour le bébé rien n'existe à part lui, le monde faisant partie de lui. A l'extrême, l'individu se coupe du monde ce qui créé des troubles tels que la schizophrénie.

Le narcissique ne peut se tourner vers les autres, il n'est pas passé de la mère à un autre objet d'amour, cet amour est revenu vers lui. Les autres n'existent pas, ils ne comptent. Ils ne s'y confrontent pas et n'y s'y comparent pas. Il est à la fois au-dessus et au-delà.

Le narcissisme ce n'est donc pas soi, mais l'amour qu'on a pour soi. Une faille narcissique nécessite qu'elle soit comblée... par soi ! La défaillance narcissique va donc mettre en place un système de fonctionnement hypernarcissique vu de l'extérieur, car l'individu n'a de cesse de combler la faille, quitte à "vampiriser" ceux qui l'entourent, il lui faut être ce qu'il voudrait être ("idéal du moi").



L'estime de soi est devenue est concept floue pour le grand public. Utilisé partout pour désigner n'importe quoi, l'estime de soi est ce qu'il faut avoir ou ce qu'il faut restaurer à tout prix.

L'estime de soi est la conscience de valeurs personnelles que l'on se reconnaît.

Ces valeurs sont acquises au cours de la vie et sont fluctuantes.
Elles permettent d'être adaptables et adaptés au monde extérieur. Elles permettent de prendre des risques et d'y faire face.

La notion d'estime de soi peut être rattachée au concept "d'attachement" et "d'intelligence". Ce qui veut dire que pour se reconnaître des valeurs, il faut initialement que d'autres vous aient reconnus comme ayant une valeur. L'estime de soi démarre donc par l'estime que d'autres ont eu de vous.

De nouveaux courants tendent à montrer qu'avoir une trop grande estime serait une position dangereuse qui nous mettrait sur un piédestal avec le risque toujours présent d'en tomber. L'estime de soi ne serait en aucun cas nécessaire, mais il faudrait juste se savoir se satisfaire de ce que l'on est et donc ne plus entrer en comparaison.


Ajoutons donc l'amour propre.
C'est étrange cette expression non ? Comme s'il pouvait y avoir de l'amour sale... D'ailleurs l'amour est-elle "propre" ? C'est une expression qui renvoit à quelque chose de pur.
L'amour propre est définie comme un sentiment.
Pas de concept abstrait ici. L'amour propre va se rapprocher de l'égo en ce que réussir à s'aimer n'est possible qu'au travers le regard aimant de l'autre.
C'est quelque chose d'aliénant. Il y a une dépendance à l'autre.
Les différents courants et études psy, tendent à montrer qu'on ne fait rien pour rien. Nous agissons toujours dans le but d'avoir un retour valorisant. Mais du coup, l'autre détruit un pouvoir énorme sur nous, car d'un regard il peut nous construire ou nous détruire.
L'amour propre, s'il se base sur l'égo, va s'en éloigner car son existence est corrélé à l'échec du narcissisme. 'je ne m'aime pas, je n'existe que dans le regard de l'autre'. Un narcissisme qui passerait son temps à vouloir être compensé, comblé via l'autre.
Ici, si l'autre se refuse à la valorisation, l'estime de soi n'existe plus, l'autre détient le pouvoir extrême de nous faire vivre ou de nous tuer. C'est souvent l'amour propre qui pousse au passage à l'acte, car l'autre ne remplissant pas son rôle, il faut le détruire afin de restaurer son amour propre.

C'est une notion peu étudiée, car comme tous les sentiments ou les émotions, cela reste un concept difficile à cerner et à valider.










 





6 commentaires:

  1. Merci beaucoup de la réponse, je m'aperçois que la question n'était pas complète, j'ai oublié l'amour propre dans la foulée..(est ce que ça s'oublie l'amour propre d'ailleurs?)

    Millerole

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    1. Et bien je vais le rajouter dans l'article.

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  2. salut,
    article très intéressant !!
    celui qui parle tout le temps en commençant ses phrases par "moi, je", est-ce le narcissique ?
    aussi, dans un autre article sur les pervers, tu disais que parler de "pervers narcissique" était un pléonasme. En quoi un pervers est-il narcissique ? est-ce que ça rejoint la vampirisation de son entourage pour combler sa faille ? vampiriser comme détruire la valeur chez l'autre qu'il ne possède pas pour rester supérieur ?

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  3. Ah le célèbre "moi je" de notre président ! Dans "moi, je" ce qui est intéressant, c'est que la personne parle deux fois d'elle. "je" ne suffit pas. Il faut ajouter moi, comme si dans "je" l'opinion personnelle n'était pas impliquée ou qu'on pense que l'autre n'entend pas le "je", c'est à dire le "moi".
    Dire "moi je" ramène bien sur au narcissisme puisqu'on parle de soi. Mais en fait c'est plutôt soit l'égo qui s'exprime ("moi, moi, moi") soit l'estime de soi (je ne crois pas en moi, donc je vous le fais en double) soit à l'amour propre (écoutez moi sinon je n'existe pas). Tout va dépendre de ce que la personne qui s'exprime met dessous : soit le besoin de se mettre en avant, soit le besoin d'attirer le regard de l'autre.
    Ensuite oui un pervers souffre obligatoirement d'un trouble du narcissisme, c'est bien pour cela qu'il est pervers d'ailleurs. Il a besoin des autres, pour les dominer et les manipuler, pour se sentir supérieur et nourrir son estime de soi. Non, il ne vampirise pas pour détruire, la destruction est une conséquence, mais il vampirise pour nourrir la faille qu'il a en lui. Il va chercher chez l'autre la force qu'il n'a pas en lui, c'est une vision animiste.

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  4. je suppose que le pervers n'a aucune culpabilité à voir la destruction qu'il engendre... c'est plutôt une jouissance pour lui de voir l'effondrement de l'autre !?
    ah les mots ! tout ce qu'ils peuvent dévoiler à notre insu !!

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    1. Pourquoi culpabiliserait-il puisqu'il projette sa vision sur l'autre et qu'il pense que c'est l'autre l'agresseur ?
      Il n'y pas spécialement de jouissance en ces termes, j'utiliserais plutôt le terme de "gain" (ce qui ramène à un bénéfice).
      Le pervers n'est pas nécessairement sadique comme le sadique n'est pas nécessairement pervers !

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