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L'AUTONOMIE

Actualisation 13 Mars 2006

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I        Introduction

            Qu'est-ce que l'autonomie ?

 

II      L'autonomie à l'école

            Travail en autonomie /Travail autonome

 

III    Les outils et les méthodes d'apprentissage de l'autonomie

            La motivation

            Le paradoxe de l'autonomie  

            Les outils

            Les méthodes d'apprentissage

 

IV    Les obstacles à la construction de l'autonomie

            Une image négative de soi-même

            Une mauvaise gestion du travail de groupe

            L'illusion d'autonomie

 

V    Conclusion

 

VI   Ouvrages utilisés

 

 

 I    INTRODUCTION

Tout au long de sa vie, l'être tente de devenir de plus en plus autonome vis-à-vis des autres et de la société qui l'entoure. L'autonomie ne se décrète pas, elle se construit, progressivement. C'est cette volonté de prendre sa vie en charge qui lui garantit sa condition de citoyen et qui par conséquent, permet le bon fonctionnement de la démocratie. L'autonomie est une notion relative à l'environnement, au groupe humain, ou à la société dans laquelle vit l'individu.

Les institutions scolaires ont pour mission la formation des citoyens de demain. Cependant, la démocratie à l'école semble être compromise par une augmentation de la violence qui se rencontre dans le non respect d'autrui, que ce soit vis-à-vis des élèves ou des adultes. Les incivilités quotidiennes se multiplient et sous prétexte d’autonomie des élèves, l’abandon pédagogique se remarque souvent. Pour lutter contre ces phénomènes, les textes officiels mettent l'accent sur la nécessité de socialiser les enfants et de les aider dans la construction de leurs propres apprentissages. Cette socialisation se définit comme le respect de la liberté de chacun au sein d’une communauté scolaire elle-même régit par des règles. Cette liberté que l'on peut aussi nommer autonomie doit permettre à l'enfant de pouvoir construire ses propres apprentissages, de penser par lui-même tout en respectant et en participant à la vie de la société.

Dans le langage courant, on parle souvent de la perte d'autonomie. En effet lorsqu'une personne suite à un accident perd l'usage de certains membres, elle devient parfois dépendante de quelqu'un. Mais pour autant, elle est toujours capable de penser par elle-même. Il semble donc que l'autonomie est un terme général qu'il est nécessaire d'analyser.

Comment peut-on définir l’autonomie? Comment l'école construit-elle l'apprentissage de l'autonomie ? Comme pour tous les apprentissages, l'enseignant est confronté à certains problèmes.

Quels sont ces obstacles et comment parvenir à les surmonter ?

On constate l’implication de la liberté dans l'autonomie.

 

Qu'est-ce que l'autonomie ?

Le terme d'autonomie vient du grec autonomia qui signifie le pouvoir de celui qui est autonomos, c'est-à-dire celui qui détermine lui-même la loi (nomos) à laquelle il obéit.

L'autonomie implique une certaine indépendance mais elle n'est pas l'indépendance absolue. Par exemple, les Établissements scolaires bénéficient d'une indépendance relative dans la liberté partielle de décision ainsi que dans l'élaboration du règlement intérieur, mais sont eux-mêmes soumis aux lois de l'état.

Pour l’être humain, cette indépendance est différente, et se développe sur deux axes.

L'axe d'ordre affectif et relationnel de l'autonomie : L'individu en grandissant apprend peu à peu à se construire lui-même. Il passe d'un état de dépendance durant sa petite enfance à celui de l'indépendance. Ceci est permis par le développement de la personnalité. Du fait de son éducation, l'être élabore sa loi, sa propre échelle de valeur selon laquelle il harmonisera sa conduite. Il va acquérir une certaine liberté afin de se libérer des contraintes connues jusqu'alors, et va se confronter aux réalités et exigences sociales.

L'axe intellectuel de l'autonomie : L'être autonome est celui qui est apte à analyser, à comprendre le monde qui l'entoure et à se détacher des éléments qui ne lui correspondent pas. L'autonomie nécessite donc une conscience de soi, et l’aptitude à prendre du recul pour observer les autres.

Sous autonomie, il y aurait l’idée d'absence de contraintes. Cette dernière est sous-jacente de l'idée de liberté. C'est-à-dire que l'être est libre de faire des choix. Mais elle n'est pas la liberté de faire ce que l'on veut quand on le veut sans se préoccuper des autres. Ceci reviendrait à la mise en place d'une société où la loi du plus fort régnerait et où l'autonomie n'aurait plus sa place. Tout le monde serait sous la domination du plus fort. En outre, comme le décrit Rousseau, il existe dans notre société un pacte social, implicite, auquel tout le monde adhère. Ce pacte se traduit aujourd'hui par la loi. Par conséquent, l'autonomie nécessite l'assimilation de la LOI. L'être autonome est donc un être qui comprend la loi, qui l'accepte et qui a le pouvoir de la modifier s'il estime que celle-ci va à l'encontre de ce qu'il pense.

Cette volonté de changement suppose que l'on en parle avec les autres. Ainsi l'autonomie implique la socialisation des êtres. De plus, comme tous les êtres vivants, l'homme vit en communauté et du fait de l'institution de la République, dès son enfance il doit apprendre à vivre avec ses semblables et à les respecter; il y a donc une nécessaire considération de l'autre.

L'autonomie est donc un long apprentissage où l'être va se socialiser. Il va apprendre à respecter la liberté de chacun tout en pensant par lui-même et en participant à la vie de la société. L'indépendance apportée par l'acquisition de l'autonomie est modelée par la rencontre avec les autres qui nous amènent sans cesse à nous remettre en cause et donc à évoluer dans la société. Ainsi comme le dit Hoffman-Gosset l'autonomie c'est le renforcement de ma valeur, mais ce renforcement ne m'est pas donné rien que par des objets, il est aussi donné par l'image que les autres me renvoient de moi, il est renforcé par ce que je reçois des autres disons que l'autonomie des autres vous renvoie une possibilité d'autonomie pour vous-même.

Pour fonctionner, notre société a besoin de citoyens autonomes. C'est-à-dire de personnes capables de porter un jugement critique sur le fonctionnement de la société. Or l'école a pour but de former les citoyens de demain, elle doit donc leur apprendre à devenir autonome.

On constate l’implication de la loi dans l'autonomie.

 

II     L’AUTONOMIE A L’ECOLE

La construction de l'autonomie est une des principales missions de la maternelle et de l'école primaire comme nous le démontrent les instructions officielles.

Rendre les élèves autonomes, ce n’est pas les laisser se débrouiller seuls, c’est leur permettre de pouvoir résoudre des situations-problèmes, de choisir, d’essayer, de prendre des initiatives.

a) Les instructions officielles:

Les programmes et instructions pour l'école élémentaire de 2002:

Dans l'introduction de ces instructions, le législateur met en avant l'autonomie comme une attitude à développer tout au long de la scolarité.

Préparer à l'autonomie et à la responsabilité, l'élève doit être capable de mobiliser ses compétences et de les Étendre, d'utiliser différemment ses connaissances et, plus tard d'en acquérir d'autres, actuellement imprévisibles.

Cette volonté d'acquisition de l'autonomie s’affirme depuis 1992 dans l'organisation des cycles.

Les cycles à l'école élémentaire:

Dans les I.O. de 92, on retrouve dans le chapitre des compétences transversales, une organisation par cycles titrée " Construction de la personnalité ". En 2002 ce sont des domaines transversaux dans lesquels sont privilégiés l’acquisition de l'autonomie qui prend différentes formes :

_ En cycle 1: On développe la socialisation car bien souvent, l'école maternelle est un nouveau milieu pour l'enfant hors de sa cellule familiale. 'Il va être confronté aux autres et va commencer son apprentissage de la vie en société. On apprendra à l'enfant l'autonomie dans l'espace vis-à-vis des objets et des personnes qui l'entourent. On l'amènera à prendre conscience de son corps et à exprimer ses préférences; ainsi qu'à respecter les règles de vie en collectivité.

_ En cycle 2: Il s'agit de renforcer les comportements acquis en cycle.

_ En cycle 3: On poursuivra le renforcement de la socialisation ainsi que l'autonomie physique. Mais on mettra surtout l'accent sur l'autonomie intellectuelle dont la finalité est de déterminer la conduite de l'adulte et du citoyen, notamment par l'enrichissement intellectuel.

Citons ici les instructions : « Il prend conscience de sa dimension de citoyen et des grands éléments de la vie démocratique. Il connaît et exerce des responsabilités personnelles et peut Énoncer des Règles.

Il affirme ses choix et ses goûts esthétiques; il peut les expliquer et les faire partager; il développe sa créativité ».

On note ici, l'importance de l'autonomie intellectuelle. Le terme de responsabilité est enfin évoqué, ce qui signifie que l'enseignant doit veiller à ce que l'enfant soit plus indépendant vis-à-vis de lui-même. N'oublions pas que seule une réelle acquisition de l'autonomie en cycle 3 va permettre à l'enfant de mieux s'adapter à l'enseignement du secondaire.

 

b) L'éducation de l'autonomie:

 Bien souvent, on définit à tort la pédagogie traditionnelle comme une pédagogie du modèle où l'autonomie n'a pas de place. En réalité, l'enfant accède à l'autonomie dans l'acquisition des connaissances même si celle-ci demeurent sous la dépendance des enseignants. Aujourd'hui, comme le démontrent les textes officiels, l'autonomie a revêtu un autre aspect du fait de l'hétérogénéité des classes, une pédagogie différenciée, voire individualisée a été nécessaire.

Ceci implique que l'on considère que chaque enfant présente des besoins particuliers; et afin de pouvoir tous les satisfaire, l'enseignant doit rendre les enfants autonomes dans leur travail. Les élèves vont ainsi chercher à résoudre par eux-mêmes les difficultés rencontrées et n'appeler le maître qu'en cas de réelle nécessité, le maître pouvant aider pendant ce temps un petit groupe.

De plus l'école a toujours comme objectif premier de former des citoyens. Elle va donc apprendre aux enfants à s'adapter aux mutations de la société pour qu'ils n'en soient pas exclus. Pour cela, elle va amener l'enfant à développer un sens des responsabilités et des aptitudes pour le rendre responsable de ses choix, et ce notamment en développant les travaux de groupes.

On constate l’implication de la responsabilité dans l'autonomie.

 

c) Travail en autonomie /Travail autonome:

Il est très important de faire la distinction entre travail en autonomie et travail autonome. Car un élève qui réalise un travail en autonomie n'est pas nécessairement un enfant autonome.

Un travail en autonomie est un travail que l'élève réalise seul, sans aucune aide extérieure. Le maître n'intervient pas. Lorsqu’on observe en CE2, le fonctionnement de plusieurs travaux en autonomie. Au début de l'année, l'enseignante a déterminé des groupes. Chaque groupe était affecté à un atelier durant un mois. Il y avait le jeu du Lexicom, la bibliothèque et d'autres ateliers de fiches autocorrectives. Lorsque la maîtresse donnait des exercices, elle fixait un temps limité. Quand un enfant terminait son travail avant la fin du temps imparti, il se dirigeait dans l'atelier auquel il avait été affecté. Du fait de cette détermination des groupes et de l'activité, l'autonomie ne provenait que de l'absence réelle de l'enseignante, mais n’oublions pas sa présence virtuelle. L'enfant était soumis à la contrainte du choix de la maîtresse. En observant leur manière de travailler, on notait qu’ils étaient en général très dépendants des attentes de l'enseignante.

En revanche, un travail autonome traduit une certaine acquisition de l'autonomie. Alain Moyne le définit comme un travail où l’élève, fait siennes les règles de conduite attendues par l'école, pour que leur application n'apparaisse plus comme un ordre extérieur mais comme un acte personnel à mener dans les limites de son propre rayon d'action. C’est la vraie situation-problème.

On peut retrouver cet état d’esprit dans la pédagogie du contrat.

Ainsi les élèves, pour réaliser une tâche, vont mettre en œuvre leur stratégie de résolution et non celle dictée par l'enseignant. Il y a ici une réelle décontextualisation des connaissances.

Le rôle de l'enseignant est celui de conseiller. Il fait des interventions dosées, il a un caractère sécurisant. Il va aider les élèves à surmonter les obstacles rencontrés.

Ici l'autonomie prend tout son sens. Elle n'est pas seulement la maîtrise des savoirs mais aussi une analyse des contraintes de l'activité. Chaque enfant les analyse et organise sa méthode de résolution en fonction des connaissances qu'il a acquises. En fonction de son choix, il va être amené à utiliser certains outils qu'il va pouvoir intégrer à sa méthode de travail. Par exemple en français, il est indispensable de le familiariser avec l'usage du dictionnaire.

Enfin, on peut ajouter qu'un travail de groupe autonome suppose que les enfants, parfaitement responsables de leurs choix, aient aussi appris à accepter la critique. Une telle attitude provoque une remise en compte de soi et de ses schémas de pensée, chose que la société nous impose tous les jours.

D’une façon générale, l'autonomie apparaît donc comme un des éléments porteurs de la construction de la personnalité de l'enfant. Pour cela, il faut stimuler son esprit d'initiative qui le conduira à être responsable et à utiliser le travail scolaire comme un outil de découverte de soi. Freinet nous démontre cela avec l'atelier d'expression libre. En effet, il mettait un point d'honneur à laisser une autonomie à l’élève dans le choix de son sujet d'expression. Par cette méthode, l'enfant exprimait le plus profond de son être et prenait peu à peu conscience de son identité. On note donc que la découverte de soi passe notamment par la connaissance de ses capacités. L'être autonome est celui qui crée sa vie. Il va donc agir en pleine autonomie intellectuelle grâce à une certaine structuration de sa pensée .

Mais, l'autonomie est difficile à mettre en place car elle ne peut pas être transmise directement aux élèves dans un cours magistral, Au contraire, elle doit se vivre, (comme l’éducation à la citoyenneté d’ailleurs). Elle passe par une appropriation personnelle. Aussi, l'enseignant va-t-il mettre en place des outils et des méthodes d'apprentissage qui vont éveiller chez l'élève un réel désir d'être autonome.

On constate l’implication de l’apprentissage dans l'autonomie.

 

    III LES OUTILS ET LES MÉTHODES D'APPRENTISSAGE DE L'AUTONOMIE

 

On sait que l’acte d’apprendre comporte deux aspects : le conatif c’est l’énergie à vouloir apprendre, l’intérêt, la motivation et le cognitif qui désigne les représentations des élèves et des enseignants sur l’acte d’apprendre, les contenus, les méthodes pédagogiques.

La mise en place de ces méthodes de travail est confrontée à certains problèmes sur lesquels l'enseignant peut avoir un certain pouvoir, et utiliser des outils pédagogiques qui devraient motiver les élèves.

1) La motivation:

a) Définition de la motivation:

La motivation est une composante essentielle de l'acte d'apprentissage. Elle est une condition essentielle à l'acquisition des connaissances. Elle se traduit par une soif d'apprendre. Elle naît de plusieurs déterminants qui sont:

La perception qu'un élève a de lui-même: Cette perception est liée aux connaissances que l'élève a de ses propres compétences, et de ses potentialités. On va donc l’aider à les évaluer, au cours de ses apprentissages en fonction d’expériences vécues.

La perception de la valeur d'une activité: Elle se caractérise par le jugement qu'un élève porte sur une activité. Il est important que l'enseignant donne du sens aux apprentissages. C'est-à-dire qu'il doit faire en sorte que les nouvelles connaissances répondent aux interrogations des élèves, ce qui est dépendant du niveau des élèves et de leurs personnalités et aussi de leur environnement.

La perception de ses compétences à accomplir une activité: L’élève évalue ses capacités pour réaliser une activité. Ceci est rendu possible par la mise en place d'un processus d'auto-évaluation (un moment de métacognition en relation duelle avec l’enseignant peut  être utile).

La perception de la contrôlabilité qu'un élève a sur les activités: l'élève a besoin de ressentir un degré de contrôle sur le déroulement des activités qu'on lui propose. Il doit pouvoir exposer ses idées et être actif tout au long de son apprentissage.

Tout ceci éveille chez l'enfant le désir d'apprendre, il s'impliquera davantage dans son apprentissage en faisant preuve d'engagement et de persévérance devant certaines difficultés. Un élève motivé est un élève qui fera des choix lors de la conduite de l'activité d'apprentissage si bien qu'il mettra au point des stratégies pour la réaliser.

On constate l’implication de la motivation dans l'autonomie.

 

b) Motivation et autonomie:

L'autonomie semble utiliser les mêmes ingrédients que la motivation. Il est essentiel que l'apprenant sente qu'il existe et qu'il est reconnu. De cette estime des autres naîtra une estime de soi qui traduira une réelle confiance en soi-même et conduira à l'acquisition d'une certaine autonomie. Or, la motivation ne provient-elle pas de cette confiance en soi ?

La motivation présente une nuance qui n'est pas tellement présente dans la construction de l'autonomie. Pour susciter le désir d'apprendre, l'enseignant met en valeur la réalisation d'une performance dans la finalité des activités. Cette performance a un rôle majeur dans la dynamique motivationnelle, car elle est reconnue par tous et influence la perception de soi. En revanche, du point de vue de la construction de l'autonomie, on s'intéresse davantage aux moyens utilises lors de la résolution qu'au résultat lui-même. Ceci nous démontre que la motivation est le moteur même de l'acquisition de l'autonomie. Ainsi l'enseignant, lors de la conceptualisation d'une activité, doit-il associer ces deux concepts.

Prenons une classe à double niveau CM1/CM2, une activité qui combinait la motivation et l'autonomie. C'était une activité de français en situation de recherche en BCD qui se déroulait chaque lundi matin. Les objectifs principaux étaient de rendre l'enfant capable d'entrer dans un ouvrage en utilisant les indices externes (couverture, table des matières, illustrations), adopter la modalité de lecture qui convient à la situation de recherche, rendre l'enfant plus autonome vis-à-vis de tous les instruments de recherche en BCD. Cette activité s'appelait le jeu de piste. La classe était repartie en quatre groupes, tous niveaux confondus. Chaque groupe choisissait une fiche constituée de dix questions concernant la couverture, l'auteur ou des questions sur un thème bien précis. Ils avaient environ 45 minutes pour répondre à ces dix questions. Dès qu'une équipe avait répondu à tout son questionnaire, elle le présentait à l'enseignante qui vérifiait les résultats. A l'issue du temps imparti, on dressait un classement de l'ordre d'arrivée. Seules les équipes qui avaient répondu correctement se voyaient attribuer un nombre de points. Ces points étaient ensuite répertoriés dans un tableau affiché à la bibliothèque. En observant les enfants, on pouvait noter que leur première préoccupation était de remplir le questionnaire le plus rapidement possible. La compétition avec les autres était le moteur de l'activité. Mais il y avait un réel travail de vérification des résultats car les points représentaient le but à atteindre pour faire mieux que les autres. Les groupes tentaient donc de s'auto-évaluer. Ce processus est une partie intégrante de l'autonomie. Même si certains enfants présentaient des difficultés d'apprentissage, toute la classe avait atteint l'objectif de l'autonomie en BCD. Chaque équipe mettait au point sa propre stratégie pour arriver à gagner le plus de points possibles. Mais, il est important de ne pas faire l'amalgame. En effet, même si un enfant est autonome grâce au matériel de la bibliothèque, cela ne signifie pas qu'il soit parfaitement autonome. Afin de contrôler l'acquisition de l'autonomie, l'enseignante changeait les équipes pour d'autres travaux en BCD. On constatait le manque d'autonomie affective de certains élèves. C'était le fait d'une enfant qui habituellement s'engageait énormément dans son Équipe. Elle se trouvait là dans une situation déstabilisante. Elle semblait totalement démotivée. Ceci nous démontre bien l'importance de la motivation dans un apprentissage.

c) Le rôle du maître:

L'enseignant a un rôle déterminant pour l'éveil de la motivation chez l'apprenant et donc pour la construction de l'autonomie. C'est à lui qu'incombe la responsabilité de conceptualiser des activités motivantes, de les construire, de les mettre en place et enfin d'analyser les résultats des élèves. Le maître est un réel artisan de la vie scolaire. Même si l'autonomie se présente comme une auto-organisation, elle peut s'acquérir par l'organisation de la vie scolaire. L'enseignant doit donc concevoir ses activités comme des outils qui permettront à l’élève de s'organiser dans la conduite de son apprentissage et dans son comportement.

Lors d'un congrès de mathématiques "Maths en stock". Le projet présenté était l'aboutissement d'un travail effectué tout au long de l'année. Il réunissait durant une journée des classes de cycle 2 et 3, les deux cycles évoluant séparément. Le rallye se déroulait en deux étapes. Pendant que les classes d'un même cycle présentaient les résultats de leurs recherches, les classes de l'autre cycle se rendaient dans des ateliers. La présentation des recherches était un facteur motivant. Elle était valorisante pour les enfants. Il y a eu des travaux de recherches des élèves qui ont été analysés montrant l'énorme travail de recherche d'un enfant de CM1 sur les fractions alors que ce domaine était pour lui une source de difficultés.

Les ateliers étaient des activités de logique, de géométrie et de calculs. Mais elles étaient présentées sous forme de jeu. Les mathématiques étaient devenues une activité ludique. Certains de ces ateliers étaient tenus par une classe de CM1. Ils y intervenaient en parfaite autonomie même s'il y avait la présence d'un adulte. Tout d'abord, il y avait la motivation de devenir à son tour le maître, puis celle de mettre les autres en difficulté. Après avoir choisi leurs ateliers, ils s'organisaient comme ils le souhaitaient. C'était eux qui donnaient les consignes et qui aidaient ceux en difficulté. Il y avait donc tous les ingrédients d'autonomie: l'organisation, l'assimilation de connaissances, la responsabilisation et la citoyenneté.

Le rôle du maître est alors de faire en sorte que toutes les activités soit génératrices à la fois de motivation et d'autonomie. Pour cela, l'enseignant dispose de matériels didactiques comme outils pour aider l'apprennant à construire ses propres apprentissages.

On constate l’implication de l’enseignant dans l'autonomie.

 

2) Les outils

            a) Les ateliers:

L'organisation de la classe en ateliers est un pilier de la structuration de la vie scolaire qui par conséquent, participe à la structuration de la personnalité de l’élève. Ces ateliers sont dits en autonomie car ils sont généralement disponibles en libre-service. Ils concernent les enfants qui ont termine l'activité que l'ensemble de la classe poursuit. Leur principale caractéristique est de prendre en compte le rythme de travail de l'enfant. Il est nécessaire qu'il y ait plusieurs ateliers dans la classe afin que l'enfant soit contraint de faire un choix en fonction du temps qui lui reste. Il est aussi important que soit tenu une sorte de journal des activités afin que l'enfant et le maître puissent constater si l'élève ne se focalise pas sur une seule activité. L'enseignant peut ainsi évaluer l'aspect motivant ou non de ses ateliers.

En cycle 3, dans une classe, fonctionnant en ateliers, on trouve: la bibliothèque, des fichiers de lecture, des jeux individuels, pluridisciplinaires et autocorrectifs comme le Lexicom. Il y a aussi des ateliers d'expression plastique surtout en CE2 et d'autres de productions d'écrits. Nous allons plus particulièrement nous intéresser à ce dernier. Le principal outil de cet atelier est l'ordinateur présent dans la classe. Il éveille chez les enfants une grande motivation. Il est souvent utilisé par les élèves pour écrire des articles pour le journal de l'école. Ce journal implique plusieurs classes, les enfants y traitent de la vie de la classe, du quartier, ainsi que de leur propre vie. Par exemple, une petite fille de CM1 avait décidé de faire un article sur les chats mais durant la période où elle écrivait son article, sa petite chatte mourut. Alors elle dédia son article à sa chatte. L'enseignante m'expliqua qu'il était nécessaire de laisser une certaine autonomie à l'enfant sur le thème des articles. Car il permettait l'épanouissement de la personne (ainsi par son aspect thérapeutique dans le cas précèdent). Souvent les élèves y écrivaient des articles pour conseiller la lecture d'un livre. On retrouve ici l'apprentissage de la citoyenneté. En effet, les élèves cherchent à faire partager le plaisir qu'ils ont ressenti. Le journal scolaire est un facteur de la socialisation, il renforce l'image de l'Ecole mini-société, et entraîne les élèves à entrer dans la vie sociale d’une façon dynamique.

Tous ces ateliers vont apprendre à l'enfant à gérer son temps.

On constate l’implication de la gestion du temps dans l'autonomie.

 

b) Les outils pour apprendre à gérer son temps:

Afin que l'enfant puisse se construire des méthodes de travail, il est essentiel qu'il apprenne à adapter sa stratégie de résolution en fonction du temps accordé. D'ailleurs, dans les instructions officielles, dans le chapitre méthodes de travail, on retrouve la compétence suivante, pour le cycle 3 l’élève devra avoir acquis les méthodes de travail qui lui seront nécessaires pour sa scolarité ultérieure:

_ savoir organiser son travail dans le temps (utiliser un cahier de texte). Aussi est-il nécessaire de fournir à l’élève des outils qui vont lui apprendre à gérer son temps.

On distingue trois outils:

_ le cahier de texte

_ l'emploi du temps

_ le temps limité est fixé pour la réalisation des exercices en classe.

Le cahier de texte, comme le cahier-journal pour l’enseignant, est un outil qui permet à l'enfant de projeter son travail dans le temps. Afin de permettre cela, les enseignants de CM1 et CM2 que j'ai pu observer gardaient la même structure au niveau des devoirs, seul le contenu variait. Afin de maximaliser l'usage de cet outil, ils tentaient de donner les devoirs le plus tôt possible pour que les élèves apprennent à gérer leur temps.

L'emploi du temps, même si les instructions officielles ne s'adressent qu'aux enseignants, l'emploi du temps est un outil très important pour les élèves. En effet il permet à l’élève de comprendre ce qu'il a à faire en classe et lui présente l'organisation de la vie scolaire. Cet outil est de plus très important en cycle 3, car lors du passage dans le secondaire, il deviendra le principal instrument de l'organisation de sa vie scolaire. J'ai observé deux méthodes différentes: dans la première l'emploi du temps était fixé avec les élèves dès 8h30 et restait affiché tout le long de la journée afin que l’élève pût s'y référer chaque fois qu'il le souhaitait. Pour la deuxième, l'emploi du temps était affiché au fond de la classe et ne variait pas d'une semaine à l'autre.

Le calendrier annuel est à afficher en classe et sert de référent au temps social.

La détermination du temps limité de réalisation permet à l'enfant de prendre conscience de son rythme de travail. L'enfant va pouvoir ainsi cibler les domaines dans lesquels il est le plus efficace. De plus, il va apprendre à gérer son temps libre. En effet, si un élève a terminé avant les autres, il peut évaluer le temps libre qui lui reste et en fonction de cela choisir un atelier en particulier. Ceci est très difficile à mettre en place car cela nécessite que l'enfant ait une connaissance de ses capacités à réaliser un exercice.

Du fait de cette limitation du temps, l'enfant va chercher à utiliser la méthode de résolution qu'il estime la plus efficace. Il va analyser et organiser méthodiquement toutes les connaissances acquises. Pour chaque exercice réalisé en classe, l'enseignante de CE2 inscrivait au tableau le temps accordé. Elle m'expliqua que cet outil était très difficile à mettre en place car les élèves au début de l'année n'en tenait pas compte. Petit à petit seuls les enfants vraiment très lents ou distraits ne respectaient pas les délais.

Le maître n'est pas le seul à pouvoir donner aux enfants des outils pour apprendre la construction de l'autonomie. L'équipe pédagogique peut aussi fournir des outils qui éduqueront les élèves à la citoyenneté. L'un d'entre eux est le conseil des élèves.

On constate l’implication de la confrontation dans l'autonomie.

 

            c) Le conseil des élèves:

Prenons l’exemple vécu d'un conseil d’élèves dans une école.

Ce conseil était composé de 2 à 3 élèves représentants de chaque classe du groupe scolaire. Ils avaient été élus au début de l'année. Ils avaient pour mission de représenter les élèves de la classe sur les sujets liés à la vie de l'Ecole selon trois axes:

_l'amélioration du cadre de vie

_L'amélioration des relations entre les élèves de différentes classes,

_la solidarité dans le travail.

L'école fonctionnait comme une microsociété.

Ce conseil fonctionnait comme une vraie assemblée générale. Elle était totalement tenue par les enfants, les enseignants n'étaient  là que pour veiller au bon fonctionnement de la séance ainsi que pour aider les enfants pour l'édition du compte rendu. Lors des conseils, il y avait un président ainsi qu'un secrétaire. Chaque réunion avait une démarche bien précise. Après avoir relevé les différents points soulevés dans leur classe, les délégués les soumettaient au conseil. Alors se déroulait une phase de réflexion suivie de celle de décision, d'exécution et d'évaluation. Un bilan des actions menées était régulièrement fait en début de conseil. Ce sont les élèves qui géraient tout ce qu'il y avait à faire. Des sous-commissions étaient chargées de faire connaître les décisions prises par le conseil, par exemple la commission affichage qui devait informer les élèves grâce à des panneaux d'affichage.

Tout cela aboutit à des décisions prises par les enfants. Ils essaient de résoudre les problèmes entre eux. Il y a donc une réelle autonomie car l'enfant est en situation de responsabilisation. Les enfants qui ne participent pas au conseil ont réalisé leur premier devoir du citoyen qui est celui d'élire un représentant.

Tous ces outils permettent à l'enseignant de mettre en place des méthodes d'apprentissage qui permettront à l’élève de construire son autonomie.

Les récentes instructions officielles recommande l’instauration de moments de débats dans la classe, et l’instauration de vraies situations où la citoyenneté et la démocratie auront à être mises en évidence.

On constate l’implication de la citoyenneté dans l'autonomie.

 

3) Les méthodes d'apprentissage

En utilisant tous ces outils la pédagogie de l’autonomie ne se contente pas de viser la réussite scolaire, elle forme le futur citoyen dans sa globalité. Pour rendre l’élève actif dans ses apprentissages et dans ses choix, l'enseignant choisira la pédagogie du projet, pour le  travail en groupes et l'auto-évaluation.

            a) Les projets pédagogiques:

L'enseignant doit fournir à l'enfant toutes les ressources afin qu'il puisse faire des projets et qu'il les mène à bien. Pour cela, il va falloir lui apprendre à s'organiser dans le temps et dans l'espace.

Un projet se définit comme un outil de réflexion et de formation. Pour être efficace, il nécessite l'adhésion de la ou des personnes qui doivent le réaliser. Il éveille chez l'apprenant une bonne motivation. Il représente l'amorce d'un long cheminement vers l'autonomie, vers la prise de responsabilité et même vers l'insertion sociale. La mise en place d'un projet au début de l'année nécessite l'intervention du maître car l'élève n’a souvent n'a pas été habitué à ce genre de méthode. Tout au long de l'année, il va être capable d'acquérir une connaissance suffisante de ses capacités et de construire lui-même ses projets d'apprentissage. L'enseignant deviendra une source de conseils lors de la construction du projet. La mise en place de cette méthode d'apprentissage se justifie encore plus en cycle 3 car lors du passage au secondaire, l'élève va devoir organiser seul son travail.

Dans les projets d'école surtout dans les zones « difficiles », l'éducation à la citoyenneté est l'une des principales préoccupations. Voici en ZEP, un projet d'un CM2. Il s'agissait de la mise en place d'un projet de classe de neige. Tous les enfants y participaient. Ce projet a permis à l'enseignant de mener des activités pluridisciplinaires telles que: les mathématiques avec l'élaboration du budget, la géographie avec l'étude de la situation géographique, les sciences naturelles avec un travail de recherche sur la faune et la flore en milieu montagnard, etc…

 

            b) Le travail de groupe:

La pratique du travail de groupe est nécessaire car l'enseignement individuel n'encourage pas l'enfant à vivre en groupe. La personnalité de l'enfant se construit surtout à travers le contact avec les autres.

Le travail de groupe permet à l'enseignant d'évaluer le niveau d'autonomie acquis par l’élève. C’est un lieu d'interaction où les enfants vont se répartir les tâches, confronter leurs idées afin d'atteindre un objectif commun. Ceci va permettre au groupe de réaliser une production beaucoup plus performante que si le travail avait été réalisé individuellement. L'Ecole se doit de familiariser les enfants à travailler en groupe.

Lors d'un travail de groupe, plusieurs propositions sont élaborées, on va donc analyser chacune d'elles. Cette phase va permettre à l'élève de démontrer sa capacité à se remettre en cause afin que le groupe réussisse à atteindre l'objectif fixé. L'enseignant va pouvoir analyser le niveau d'autonomie de chacun. L'autonomie étant différente selon chaque discipline du fait des connaissances acquises. Le travail de groupe lui révèle le degré d'acquisition de l'autonomie relationnelle de l'enfant.

La mise en place du travail de groupe est assez longue mais elle permet d'aboutir à de bons résultats. Lors de la première mise en place, il est important que l'enseignant fixe un objectif simple. La principale mission de cette activité sera de familiariser l'enfant à travailler avec d’autres. Ce type d'activité permet aussi de mettre en place un réel réseau d'entraide.

Dans une activité de recherche en groupe, on retrouve toutes les caractéristiques de l'autonomie: le réinvestissement de connaissances, la solidarité et la répartition des tâches. L'évaluation de l'autonomie des groupes était facilement réalisable. En effet, dans les groupes les plus autonomes, l’enseignant intervient à la demande alors que dans les autres, c’est plus systématique. On pourra souligner que ce dispositif permet aux maîtres de s'occuper plus particulièrement des enfants en difficulté.

Toutes les activités d'enseignement mènent à l'évaluation qui joue un rôle essentiel dans la construction de l'autonomie surtout lorsque l'enseignant utilise les processus d'auto-évaluation.

On constate l’implication de l’évaluation dans l'autonomie.

 

            c) L'auto-évaluation:

Cette enseignante avait aussi élaboré avec les élèves en difficulté des projets sous forme de plan de travail. Les élèves les plus lents devaient faire un certain nombre d'exercices pendant un temps limité.

Passé ce temps, ils devaient noter sur une fiche le numéro du dernier travail réalisé.

Grâce à cette fiche, ils pouvaient évaluer leur progression, c’est la mise en place réelle de l’autoévaluation

L'évaluation est essentielle en pédagogie de l'autonomie.

Victor Marbeau distingue deux types d'évaluation: l'évaluation externe et l'évaluation interne.

L'évaluation externe: a pour but de mesurer et d'apprécier les résultats de la construction de l'autonomie. Elle est réalisée en dehors de l'établissement scolaire. Elle se présente lors d'examens tels que le CFG, brevet, le CAP, le baccalauréat…

L'évaluation interne: s'exerce dans le cadre de la classe. Elle se préoccupe des savoirs et des compétences acquis. Elle s'intéresse aussi au comportement résultant de la mise en œuvre d'une pédagogie de l'autonomie. De ce fait, elle peut être cognitive ou affective. De plus, elle peut être normative ou formative.

Intéressons nous plus particulièrement à l'évaluation formative. Elle permet à l’élève d'acquérir peu à peu la capacité de s'évaluer lui-même. Son objectif est de mener l'enfant à s'auto-évaluer et ainsi de prendre conscience de ce qu'il est et de l'aider à comprendre où il va.

Nous ne passerons pas sous silence le recours à la métacognition qui permet à la fois l'évaluation, l'auto-évaluation et le développement de la réflexion.

De plus, l'évaluation est le processus cognitif qui permet au citoyen de faire des choix et surtout de faire preuve d'esprit critique sur la validité d'une loi. Or, ce but n'est-il pas la finalité de l'Ecole ? L'évaluation formative permet à l’élève de recueillir des informations sur ses progrès et ses difficultés d'apprentissage. L'enseignant doit amener l'enfant à interpréter ces informations. L'erreur va donc devenir source d'apprentissage. Elle sera révélatrice de la nature des représentations de l’élève. En reconnaissant le droit à l'erreur, l'enseignant va démontrer à l’élève que l'évaluation formative a pour fonction d'aider l’élève à se construire lui-même et que son apprentissage relève aussi de sa responsabilité.

 

 

    IV LES OBSTACLES A LA CONSTRUCTION DE L’AUTONOMIE

Tout au long de la construction de l'autonomie de l'enfant, l'enseignant peut rencontrer divers problèmes. Certains sont propres à l'enfant, d'autres aux démarches pédagogiques. J'ai retenu trois obstacles qui me semblent importants. Le premier nait de l'image que l'enfant se fait de lui-même. Le deuxième est engendré par une mauvaise gestion du travail de groupe. Enfin le dernier provient d'une mauvaise représentation de l'autonomie.

1) Une image négative de soi-même

            a) Les causes:

L'enfant est un être qui cherche principalement à faire plaisir à ses parents et à l'enseignant. Il est donc très sensible à tout ce que disent les adultes qui lui sont chers. Il se voit à travers leurs yeux. Aussi, lorsque ses parents lui renvoient une image négative de lui-même, il l'accepte comme un fait accompli et ne cherche pas à évoluer. Mais l'essence de cette image peut aussi provenir du milieu scolaire. Si l'enseignant propose des tâches trop difficiles, l'enfant sera confronté à un échec. Et si ce dernier se répète fréquemment, il va peu à peu se considérer comme un être incapable de réussir.

            b) Les conséquences sur la construction de autonomie:

Bien souvent, cette représentation négative de soi-même entraîne une démotivation de l'enfant. Or, nous avons défini la motivation comme un facteur essentiel dans la construction de l'autonomie. Un élève démotivé est généralement en situation d'échec scolaire. Il est alors considéré comme un incapable par ses camarades de classe. C'était le cas d'un élève de CM1 qui grandissait dans un milieu familial où il était perpétuellement rabaissé. De ce fait, il n'avait jamais développé une réelle confiance en lui et jamais pris d'initiative. Ce manque de confiance l'avait empêché d'aller vers les autres et il se retrouvait par conséquent exclu. Il se présentait comme un enfant asocial. Au niveau de son travail scolaire, il avait beaucoup de mal à faire tous ses devoirs et lors de travaux de recherche, on constatait que son principal problème était une grande désorganisation. Il ne faisait preuve d'aucun esprit critique, il prenait les choses sans les analyser et ne cherchait pas à comprendre. Il n'a jamais pu réellement débuter la construction de son autonomie car il lui manquait la base fondamentale qui est la confiance en soi.

Une autre conséquence de cette image négative est une totale soumission aux autres. Dans une des classes de CM2, il y avait un élève qui avait tout fait pour se faire accepter par les autres. Le coût de cette intégration lui a valu une perte de son identité et, par conséquent, une perte d'autonomie. Laquelle condamne cette attitude de soumission. Le propre d'un être autonome est d'exercer un esprit critique sur les lois afin d'évaluer si celles-ci vont à l'encontre de sa liberté et de l'intérêt général.

            c) Le rôle de l'enseignant:

Le rôle de l'enseignant est ici primordial. C'est à lui qu'incombe la responsabilité de redonner confiance à l’élève, notamment en lui permettant parfois de se mettre en valeur. Ainsi, va-t-il veiller à ne pas choisir des documents trop difficiles afin de ne pas mettre l'enfant en situation d'échecs répétés.

En cycle 3, l'enseignant va notamment utiliser l'Education civique pour que les élèves apprennent les valeurs de notre société, dont la fraternité. La cohésion du groupe classe se poursuivra en éducation physique et sportive avec l'organisation de tournois interclasses afin que la classe forme un bloc uni.

Enfin, le maître peut organiser un voyage de classe. Ainsi, les enfants vont apprendre à se connaître dans un milieu autre que scolaire. De plus, les voyages participent complètement à la construction de l'autonomie. Car l'enfant se retrouve loin de sa famille dans un contexte très organisé. Là, il va pouvoir réellement mettre à l'épreuve et évaluer son organisation personnelle.

Après que les élèves ont retrouvé confiance en eux, il est nécessaire que l'enseignant utilise le travail de groupe. Mais il doit tout de même être prudent car une mauvaise gestion peut aller à l'encontre de la construction de l'autonomie.

 

2) Une mauvaise gestion du travail de groupe

            a) La non utilisation du travail de groupe:

Le travail de groupe est essentiel dans le processus de socialisation qui est l'une des caractéristiques de l'autonomie. Bien souvent, les enseignants n'y ont pas recours car ils estiment que cela prend trop de temps ou que cela est trop bruyant. Mais la non utilisation de cette méthode de travail conforte le développement des caractères individualistes. Par exemple, lors du déroulement d’un exercice de recherche en bibliothèque par groupe, 3 groupes sur 4 ne parvenaient pas à s'organiser.

Pour la plupart des élèves, le problème provenait du fait qu'ils n'arrivaient pas à intégrer la notion de groupe de travail. Pour eux, le plus important était leur résultat personnel. Le cas le plus démonstratif était celui d'un enfant, qui malgré le fait qu'il y avait dans son groupe une réelle organisation ( répartition des tâches, confrontation des résultats), s'était approprié des feuilles et répondait dans son coin sans communiquer aucun résultat à ses camarades. Même s'il travaillait librement cet élève avait un comportement individualiste et non autonome car il ne répondait pas à la principale consigne: répondre collectivement. Il ne cherchait pas à s'intégrer à son groupe de travail.

Même s'il est nécessaire de familiariser les enfants aux travaux collectifs. Il ne faut pas systématiser cette méthode de travail, l’enseignant doit avant tout prendre en compte les besoins particuliers des élèves.

 

            b) Les obstacles générés par une systématisation du travail de groupe:

Le travail de groupe aide à la construction de l'autonomie de l'enfant mais il serait faux de le considérer comme le principal outil de l'appropriation des connaissances. Au contraire, le développement des connaissances ne résulte que de l'individualisation des parcours de chacun. En effet, l'acquisition de connaissances ne peut provenir que d'un travail individuel car chaque personnalité est unique et présente donc un fonctionnement qui lui est propre. Par l'utilisation constante du travail de groupe, on rendra difficile l'appropriation de toutes les connaissances, notamment par le fait que chaque enfant va s'ancrer dans un rôle particulier. Certains s'approprieront donc le titre de leader alors que d'autres, timides, resteront dans leur coin sans rien dire. Cette détermination des rôles ne se fait pas en fonction du savoir mais du caractère de l’élève. Un enfant leader va empêcher l'épanouissement d'un élève plus réservé. Dans les deux cas ces enfants ne sont pas autonomes et le travail de groupe ne participe pas à la construction de l'autonomie car, pendant que certains s'imposent, les autres supportent.

La constitution des groupes elle-même peut donc devenir un obstacle à l'autonomie.

 

            c) La constitution du groupe:

Prenons une activité de travail de groupe en géométrie d’une enseignante de CM1/CM2 . La classe était répartie en 2 groupes de niveaux. Chaque groupe possédait une feuille sur laquelle elle avait représenté un dessin composé de formes géométriques. Les objectifs de l'exercice étaient la reconnaissance des figures planes et l'aptitude à nommer leurs caractéristiques.

Dans les deux groupes de CM1, l'activité s’est heurtée à deux problèmes différents mais ils étaient tous deux générés par la personnalité des enfants. Dans le premier cas, il s'agissait d'un conflit entre deux enfants leaders. En effet dans l'organisation d'un groupe il y a toujours un enfant qui parvient à s'imposer aux autres. En général, c'est lui qui organise le groupe et qui doit parvenir à ce que tout le monde participe. Ici, aucun des deux enfants ne voulait que l'autre prenne le dessus. La seule solution qu'ils aient trouvée était de créer des petits groupes indépendants. Ensuite chacun a cherché à rallier les autres à sa cause. Le résultat obtenu a été la simple reconnaissance de formes très simples comme le carré et le triangle. Malgré le fait qu'ils avaient trouvé une solution au problème, ils n'ont pas répondu à la consigne de l'exercice qui était de travailler avec son groupe. Ce comportement est un obstacle à la construction de l'autonomie car la solution trouvée était un moyen pour chacun d'eux d'imposer aux autres leurs pensées, il n'y avait pas de confrontation des idées. Or l'autonomie implique une entraide et la citoyenneté une acceptation de l'autre.

Dans l'autre groupe, le problème provenait d'une non acceptation de l'autre. En effet, le nouvel enfant rattaché au groupe était pour eux un élément inhabituel et au lieu de chercher à l'intégrer, ils l'ont mis de côté même si celui-ci fournissait des réponses exactes. Dans ce cas précis, il est nécessaire que la maîtresse intervienne car du fait de ce rejet, l'enfant était démotivé. Les autres enfants lui renvoyaient une image de lui-même négative.

Il faut donc démontrer au groupe que l'enfant se révèle être un élément positif dans la recherche.

Il est nécessaire que l'enseignant parvienne à bien cibler le caractère des élèves avant de mettre en place un travail de groupe. D'où la nécessité de réaliser une monographie de classe.

Enfin, il est nécessaire que l'enseignant évalue fréquemment l'autonomie acquise par les enfants car bien souvent, elle n'est qu'illusoire.

On constate que l'autonomie est paradoxale.

 

3) L'illusion d'autonomie

            a) L'autonomie profonde et autonomie apparente:

L'autonomie profonde et autonomie apparente:

Victor Marbeau dans la pédagogie de l'autonomie et son impact sur les diverses situations d'apprentissages fait une distinction entre l'autonomie apparente et l'autonomie profonde. Il définit la première comme une suite de comportements appris, assimilés et acceptés. Ils permettent à l'enfant d'évoluer librement et socialement dans la classe. Cette autonomie est celle des enfants dits "très scolaires". Quand ces élèves doivent réaliser des exercices ressemblant à ceux vus en classe, ils y arrivent parfaitement. Mais lorsqu'il s'agit d'une phase de découverte, ils n'y parviennent pas aussi bien car ils n'ont pas encore acquis les habitudes nécessaires, alors qu'un enfant réellement autonome va organiser toutes ses connaissances pour trouver une solution.

L'acquisition de ces bonnes habitudes s'illustre notamment avec les règles de vie de la classe. Pour certains, en cycle 3, il n'est pas nécessaire de les élaborer car les enfants les ont déjà assimilées. Les règles sont donc affichées et les enfants doivent les respecter sans même savoir pourquoi. Hors pour une réelle construction de l'autonomie, il est nécessaire de les élaborer avec les enfants afin qu'ils en aient une réelle compréhension et qu'elles traduisent bien l'intérêt général de la classe. Ce travail avait été réalisé dans une classe de CM2. Sur l'affiche, chaque enfant et même l'enseignant avaient signé. Ici l'autonomie prend tout son sens, elle est l'obéissance à une loi car il s'agit d'une loi approuvée et comprise par le sujet qui doit lui obéir.

Ainsi Victor Marbeau définit l'autonomie profonde comme l'attitude que l'on prend face à un obstacle afin de le surmonter. Dans le cas de l'élaboration des règles, les obstacles rencontrés par l'enfant sont ses propres désirs, il faut qu'il passe outre afin de chercher le meilleur pour la classe.

Meirieu nous décrit une autre illusion d'autonomie qu'il nomme la débrouillardise.

            b) Autonomie et débrouillardise:

Philippe Meirieu nous fait part de la confusion qui existe entre l'autonomie et la débrouillardise. Selon lui, elle provient de multiples pratiques sociales.

En effet les parents ne cherchent pas à rendre l'enfant, dès son plus jeune âge, autonome, mais débrouillard. Meirieu dénonce les pratiques scolaires et par là même le comportement des élèves qui développent cette attitude; beaucoup d'élèves acquièrent la capacité à s'en tirer le mieux possible et ce avec le moins d'efforts possibles, par une tendance à mécaniser certains enseignements. Dans certains cas, quelques-uns parviennent à développer la capacité de faire semblant d'écouter plutôt que d'être vraiment attentifs et à interpréter ce que le maître veut qu'on dise, au lieu d'assimiler réellement ce qu'il dit. Il faut donc que le maître ait un rôle de guide sans pour autant mâcher le travail des enfants. Il doit veiller à ce qu'ils surmontent les obstacles rencontrés parce qu'ils ont compris, et non parce qu'on leur a dessiné le chemin de la solution.  Meirieu explique que l'Ecole doit lutter contre la débrouillardise notamment en mettant en place une véritable autonomie. Elle se définit comme un apprentissage de la capacité de se conduire soi-même. Ainsi l'enseignant a la responsabilité de former ses élèves à l'autonomie dans la gestion de leur travail scolaire. De plus, il devra l'amener à accéder progressivement aux enjeux de ses propres actes, et à ne pas agir en fonction de son propre intérêt.

c) Paradoxe de l'autonomie à l’école

Il y a un paradoxe à la recherche de l'autonomie concernant surtout les élèves en situation de handicap ou de non autonomie partielle. Jusqu'où peut-on limiter l'aide et la relation afin de stimuler sans entraver cette conquête d'autonomie, qui doit s'élaborer à la fois sur le plan relationnel et socio-affectif (communiquer, s'insérer dans un groupe, contrôler ses émotions...), sur le plan cognitif (avoir une représentation structurée de l'espace et du temps, maîtriser les rôles scolaires, construire ses propres apprentissages), sur le plan environnemental (s'adapter à l'environnement et l'utiliser, se déplacer...) ?

L'enseignant spécialisé sera confronté encore plus que les autres à cette recherche d'équilibre, en faveur des élèves, entre l'aide et la conquête d'une meilleure autonomie.

Le rôle de l'enseignant spécialisé option E sera d'accompagner l'élève vers l'autonomie scolaire en aidant au transfert des acquis lors des prises en charges spécialisées, dans la classe d'origine. Celui de l'enseignant spécialisé option A, B ou C sera d'utiliser les techniques palliatives et le matériel compensatoire mis à sa disposition pour permettre la communication et l'acquisition de compétences disciplinaires. Pour l’option F, tâches de remédiation compliquées par la prise en compte des difficultés de l’adolescence.

 

V    CONCLUSION

L'autonomie est donc un long apprentissage qui se construit jusqu'au dernier jour de notre vie. L'Homme doit constamment gérer ses désirs afin de permettre le maintien de l'intérêt général. Comme on a pu le constater, l'Ecole joue un rôle capital dans son acquisition car elle va apprendre aux enfants à grandir et donc à vivre avec ses semblables en favorisant en lui un esprit critique. Elle doit aussi leur permettre de prendre des initiatives. Avec des matières telles que l'histoire et l'Education civique, elle va construire la notion d'humanité. Mais, on est en droit de se demander si l'Ecole remplit bien sa fonction de formation du citoyen. En effet depuis plusieurs années, les comportements de la jeunesse et de l'enfance sont de plus en plus violents, en réaction à quoi ?

L'Ecole n'est pas la seule en cause et il serait bon que les parents oeuvrent aussi à la participation de la formation du citoyen, que la politique nationale prenne davantage en compte la déficience, et la situation de handicap pour s'adapter aux besoins particuliers de certains, en leur permettant par exemple l'accès à tous les bâtiments publics et l'utilisation facilitée des transports.

C'est aux services publics de s'adapter aux usagers et non le contraire.

 

"Aide moi à faire tout seul" Maria Montessori

 

Documents réalisés à partir de différents travaux de stagiaires de l’IUFM de Melun, du centre de formation ASH de Créteil, de formateurs du CNEFEI, et de recherches personnelles. ( Le CNEFEI s'appelle maintenant INS HEA )

 

VI    AUTRES OUVRAGES UTILISES

 

_Apprendre l'autonomie, apprendre la socialisation M.A Hoffman-Gosset (chronique Sociale)

_L'apprentissage de l'autonomie et son impact sur les diverses situations d'apprentissage V. Marbeau (CRDP Poitou-Charentes 1992)

_ Dossier Autonomie et scolarité JD du 30 novembre 1993

_ Dossier Liberté, Autonomie, Socialisation éducation enfantine du 1 septembre 1998

_Programmes de l'Ecole primaire MEN (CNDP)

_ Comprendre et soigner l'enfant en échec scolaire M. Despinoy DUNOD 2004

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Jean-Pierre PERRIN

Formateur ASH

Adresse de courrier électronique: jean-pierreperrin@orange.fr

Adresse de la page: http://pagesperso-orange.fr/ash-jpp/autonomi.html

J'attends vos remarques, ajouts, et suggestions de présentation, merci d'avance.

siteais.gifnouveau.gifSite réactualisé le: 20 janvier 2017

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