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L'ADOLESCENCE

Actualisation 10 Juin 2004

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Les étapes de la génitalisation

Les spécificités de l'adolescence

 

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Introduction:

Il n'y a pas si longtemps, l'adolescence n'était pas reconnue par la collectivité. C'était un état individuel, de même que le troisième âge. Dans les cultures occidentales, l'adolescence est devenue phénomène de société. La provocation est apparue chez les artistes avant et pendant la seconde guerre mondiale (Romantisme, dadaïsme...), revendication contre toutes les institutions de la société (famille, état, église, armée, école...). L'adolescent a repris ces  revendications à son compte. L'adolescence est à la fois un état enfantin et sérieux. En 1950, les adolescents reprennent à leur compte ces états d'âme. En 1960, émergence de la musique pour les exprimer. En 1970, politisation.

 

Modifications pubertaires

·      Chez la fille : Développement des seins, de l'appareil génital. Prise de poids. Premières règles. En 1940, les premières règles chez les européennes venaient vers 17 ans. Actuellement, l'âge moyen est vers 12 ans et 6 mois, car les conditions de vie sont plus confortables et les adolescents s'affirment plus tôt.

·      Chez le garçon : Premières pollutions nocturnes, mue de la voix, pilosité, croissance osseuse et staturale.

·      Chez les deux : Remodellement de l'image du corps, de façon continue. Fixation sur l'aspect corporel extérieur: Epoque très narcissique. Tendances diverses à l'excès. Très peu d'hygiène. Grande instabilité.

 

Evolution intellectuelle

Durant les premières années, la pensée de l'enfant était magique. A la période de latence il a acquis une logique concrète. Vers 12 ans, le jeune adolescent va pouvoir raisonner de façon déductive, posant des hypothèses et répondant dans l'abstrait. C'est grâce à la naissance de la pensée formelle, ou "hypotético- déductive". Ayant acquis cette pensée formelle, il en usera à l'excès. Il n'a pas besoin de l'expérience. C'est la période où on refait le monde, très créative mais sans support dans la réalité. Il a acquis l'intellect adulte.

 

Comportement social

On distinguera 3 phases :

·      Phase d'opposition : Chez la fille, elle survient entre 12 et 13 ans et chez le garçon entre 12 et 15 ans. Elle commence par un effondrement total de tout l'acquis moral et social de la période de latence. C'est un mouvement régressif au cours duquel l'adolescent est imprévisible, avec refus de tout ordre établi, vols, provocations... Il y a à la fois l'incapacité à domestiquer les désirs, et recherche du plaisir dans la transgression de l'interdit. On note aussi un mépris de tout ce qui représente l'ordre. Ceci a pour but une certaine prise de conscience de soi. Période du "Je n'veux pas!".

·      Phase d'affirmation du Moi : Chez la fille entre 13 et 16 ans, et chez le garçon entre 15 et 17 ans. C'est une période de revendication, de "Je veux!", avec demande d'indépendance, de liberté. C'est l'époque du conflit des générations. Il  a élaboration de systèmes nouveaux et meilleurs pour la société. Période de l'adolescence où on discute beaucoup. Mégalomanie, affabulation, idéalisation. Générosité et égoïsme.

·      Phase d'insertion : Chez la fille entre 16 et 18 ans, et chez le garçon entre 18 et 20 ans. L'adolescent s'identifie à l'adulte de façon stable, avec moins d'idéalisation. Il réalise son indépendance affective, et construit son indépendance économique. On accepte réellement et sans ambivalence de se passer de ses parents. Cette phase d'insertion est facilitée par le rythme du travail, la relation de couple.

 

Remaniement de la personnalité affective

Vis à vis des Parents, l'adolescent doit effectuer le "deuil des imago parentales". Le deuil est un processus qui permet de ne pas finir avec ce qui est mort. Il s'agit ici d'une rupture d'avec l'image que les Parents représentent pour l'adolescent. Ce processus se fait en plusieurs étapes. Tout commence avec le retour de ce qui a été refoulé durant la latence, c'est à dire les pulsions infantiles. Ce retour est massif et incontrôlable par l'adolescent, faisant échouer le Moi dans ses tentatives d'équilibre. Il est anxieux, déprimé, dépressif, inhibé. Il fait des actes antisociaux. L'aspect défensif ne réussit pas à retenir l'aspect émotionnel. Le côté oral se traduit par de la boulimie, de l'anorexie, et de l'avidité sur tous les plans. Les pulsions anales reviennent à travers l'agressivité, le "non", modifiant tous ses rapports avec l'ordre, le pouvoir. Retour aussi des pulsions phalliques et oedipiennes, se traduisant par une crise d'originalité autant physique que mentale. Réactivation des pulsions oedipiennes vis à vis des Parents, créant des sentiments de "honte des Parents", afin d'éviter la pulsion par une attitude inverse. Critique de ce que sont les Parents. Plus il se sent dépendant des Parents, plus il sera agressif vis à vis d'eux. Les Parents ne peuvent rien pour l'aider car c'est leur présence même qui crée le conflit.

 L'adolescent élabore un roman familial: Il existe deux couples de Parents, l'un riche, noble, puissant et protecteur, assimilé à des divinités. Ce sont les Parents du passé, idéalisés par l'Enfant. L'autre couple est humble, commun, soumis aux limites quotidiennes. Ce sont les Parents découverts par l'adolescent. Ces 2 couples de Parents s'affrontent dans l'imaginaire de l'adolescent. Il brode donc un roman familial dans lequel il retrouvera ses droits et privilèges. Cela révèle le processus régressif vers la relation rassurante des premiers temps de l'Enfance et le processus progressif qui permet d'accepter la réalité.

 Fantasme de changement de rôle : L'adolescent veut prendre la place d'un de ses Parents en usurpant les droits de l'Adulte. Il est Adulte à la place du Père ou de la Mère. Il juge ses Parents, les conseille, les infantilise. Ceci est une condition pour devenir Adulte. L'adolescent s'identifie ainsi à des images de Parents murs.

 

Les étapes de la génitalisation :   (ou l'accession à la sexualité adulte)

La relation Objectale va se focaliser sur des Objets successifs qui vont permettre à l'adolescent d'accéder à la sexualité adulte.

·      Phase d'homosexualité de groupe : La bande est constituée d'individus semblables, généralement unisexuée. Il y aura plusieurs types de bandes selon le milieu culturel de l'adolescent. Plus le milieu est favorisé, plus la bande est atypique (sans caractéristiques). Les bandes sociales sont très structurées, et on y rentre difficilement. Les membres ont alors les mêmes idoles, les mêmes costumes. Le but de ces bandes est d'éviter la solitude, de s'identifier par rapport à un modèle, une norme, et de prendre en charge les désirs de l'individu. Chaque membre du groupe y trouve sécurité et revalorisation. Elle permet aussi à l'adolescent d'éviter la confrontation à l'autre sexe.

·      Phase d'homosexualité individuelle : La bande ne suffit plus. L'adolescent va chercher un ami, un confident. Le choix est très narcissique, fait d'idéalisation et d'admiration. On se raconte tout vis à vis de la famille, de l'école... Amitiés très passionnées, très brusques, pouvant s'arrêter aussi brusquement. Dans cette phase il peut y avoir expérience homosexuelle véritable et transitoire, comme phénomène d'adaptation faisant le lien entre les Parents oedipiens et le choix hétérosexuel. Notons aussi l'existence de rites, de complicités...

·      Phase transitoire dépressive : La bande ne suffit pas et même l'ami intime ne peut pas comprendre. L'adolescent est en proie à la mélancolie. La vie est un supplice. Tout est injustice. La perte des Parents est trop forte: La bande et les copains ne suffisent pas. Vide métaphysique. Création du journal intime dans lequel il transmet son abandon. C'est un mélange d'égocentrisme aigu et de constant dévouement pour l'humanité. Ce qui va permettre d'en sortir seront les premières manifestations d'hétérosexualité.

·      Phase hétérosexuelle : On se met à avoir une certaine curiosité vis à vis de l'autre sexe. On s'épie, on s'auto observe. L'autre sexe est à la fois dénigré et idéalisé. Cette hétérosexualité est d'abord polygame, avec nombreux flirts. C'est le moment où les bandes se mixent, et c'est le temps des grandes passions, des grandes désillusions. Hémorragie des sentiments. Processus de cour: L'adolescent devient coquet, spirituel. Les flirts se succèdent, avec de grandes périodes de jalousie et d'admiration. Petit à petit, l'hétérosexualité devient monogame, les Objets affectifs deviennent stables jusqu'à la formation du couple. Dés lors l'adolescent peut faire des projets. Il devient capable de faire coïncider l'amour romantique et l'amour sexuel.

 

 L'adolescence est la dernière chance d'aborder les conflits de l'enfance et de les résoudre de manière spontanée. Si ces mêmes conflits survenaient par la suite, ce serait du domaine du pathologique. La personne s'y engluerait gravement. D'ailleurs la plupart des pathologies adultes éclosent à l'adolescence. La structure de la personnalité se fait durant les 5 premières années de la vie, mais on peut la remanier à l'adolescence le plus souvent tout seul, c'est à dire avec l'environnement immédiat. Sinon ça s'écroule à l'adolescence et le futur Adulte aura besoin de l'aide de la santé publique.

 

Les spécificités de l'adolescence

(tiré du dossier du formateur BAFA/BAFD - Familles rurales)

L'adolescent fait peur
L'adolescence suscite une réaction ambivalente de la part des adultes. D'une part ils voudraient bien voir incarner dans la jeunesse leur propre image de ce qu'ils considèrent comme le plus bel âge de la vie et d'autre part, confrontés à la réalité, ce sont très vite les connotations négatives de l'adolescence qu'ils mettent en avant : sexualité non contrôlée, toxicomanie, délinquance. Cela contribue à maintenir le flou dans les idées et ce flou entraîne la peur. Il est donc important dans un premier temps de combattre ce flou en clarifiant les concepts.

L'adolescence n'est pas un âge, c'est un processus

L'adolescence n'est pas la puberté, l'adolescence n'est pas un âge. Cela a été montré par les travaux des ethnologues qui ont pointé l'absence d'adolescence dans plusieurs sociétés. Par ailleurs chacun peut repérer dans son environnement des exemples d'adolescents précoces ou attardés.

L'adolescence est d'essence conflictuelle
L'adolescent est en conflit avec sa famille, avec son entourage et très largement avec la société. Mais plus encore, il est en conflit avec lui-même. Ecartelé entre "une porte qui se ferme" et "une porte qui s'ouvre" (brain-storming d'adolescent), il est en recherche d'identification.

Un corps qui change

"Haine et désir et peur du corps sexué sous-tendent la difficulté du jeune pubère dans son processus d'intégration du corps sexué et dans son renoncement à l'enfance" - Annie Birraux - psychiatre et psychanalyste.
La confrontation à la vie sexuelle largement empreinte de narcissisme et privilégiant souvent le plaisir sans inclure la dimension de la tendresse et de l'amour laisse souvent un goût amer d'insatisfaction (c.f. le film de Maurice Pialat : "A nos amours" : "J'ai le coeur sec"
dit l'héroïne).
Sur le plan psychanalytique, l'adolescence est très largement le processus lent, le travail d'intégration du corps sexué jusqu'à l'amour qui est la capacité d'accueillir autrui. Passer de l'individu (clos sur lui-même) à la personne ("capable d'autrui" d'après E. Mounier) c'est très largement passer de l'adolescence à l'âge adulte.

Conflit entre idéalisation et réalité
L'image idéale qu'il a de lui-même se heurte chez l'adolescent à la pauvreté de ce qui lui est offert. "Moi je change mais le monde, lui, ne change pas".
La famille actuelle, restreinte, prive l'adolescent des modèles qu'il trouverait dans la famille élargie. Il se met donc en quête de "modèles" de substitution qu'il peut trouver (les idoles).
La position d'adulte des parents rend l'identification d'autant plus difficile qu'ils ont souvent tendance à dévaloriser par leurs propres remises en question l'image que le jeune pourrait avoir d'eux-mêmes.
Renvoyé à sa propre solitude, l'adolescent tend à adopter des attitudes d'évitement voire de fuite : refuge dans le milieu clos de la bande, délinquance, toxicomanie, suicide, qui, par ordre de gravité, prononcent un échec qu'il convient d'éclairer par rapport au contexte social dans lequel
le jeune vit son angoisse psychologique.

 Adolescence et crise parentale
L'adolescence de leurs enfants correspond souvent chez les parents à une crise, celle "du milieu de vie" : soudaine perception de la brièveté du temps, réévaluation des ambitions de l'individu, crainte d'une baisse de la sexualité rendue d'autant plus douloureuse que la sexualité s'épanouissant chez le jeune ébranle souvent les repères établis. C'est un véritable "travail de deuil" pour reprendre le vocabulaire psychanalytique auquel les adultes sont conviés. Par ailleurs, ces phénomènes se trouvent amplifiés par une double perte réelle vécue par les adultes qui les renvoient à leur propre dépression

·                                 la perte de leurs propres parents (les grands-parents du jeune) ;

·                                 la perte de leurs enfants (qui s'éloignent du milieu familial).

 

Le rôle de l'entourage
L'entourage devrait resituer l'ensemble de ces manifestations paroxystiques par rapport à cette crise qui est avant tout une métamorphose. Accompagner sans interférer, telle est la ligne délicate mais indispensable à tenir de façon à éviter les deux pièges qui guettent l'entourage du jeune : l'autoritarisme démobilisateur et le laxisme démissionnaire. Dans le domaine du loisir, un champ d'activité exigeant mais riche s'ouvre à des professionnels compétents : proposer à la jeunesse des activités fortes et enrichissantes, susceptibles de l'enthousiasmer, à un âge où le cycle infernal ennui-morosité-dépression peut s'enclencher.
Maintenir la communication à tout prix et cultiver une parole qui soit une parole vraie tel est le rôle de l'entourage.
"L'entourage familial et social devrait accepter ce phénomène (l'adolescence et ses crises) qui contrarie ce qu'il souhaiterait voir incarné par la jeunesse et y réagir activement ( se positionner en adulte), sans vouloir le gérer à la place des jeunes. Encore faudrait-il que l'entourage soit assez solide pour le faire et qu'il n'éprouve pas le besoin de chercher la solution de ses propres problèmes dans l'adolescence des autres". - Frédéric Rousseau, psychanalyste

 

Document réalisé à partir d’articles divers de l’encyclopedia Universalis,

et d'ouvrages didactiques

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Jean-Pierre PERRIN

Formateur ASH

Adresse de courrier électronique: jean-pierreperrin@orange.fr

Adresse de la page: http://pagesperso-orange.fr/ash-jpp/adolesc.html

J'attends vos remarques, ajouts, et suggestions de présentation, merci d'avance.

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